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Ensemble contre les conflits et pour la paix

Communiqué

Tchad: L'ancien patron de l’Autorité indépendante de lutte contre la corruption (AILC) fait une Mise au Point

Lundi 24 Août 2026

M. Ousmane Djougourou sort de son silence. Il accuse ouvertement le chef de la junte militaire au pouvoir d’avoir ordonné à l’ANSE, la police politique, d’arrêter les membres de l’Autorité en mission officielle.


A la suite des informations faisant état de mon remplacement à la tête de l’Autorité indépendante de lutte contre la corruption (AILC), je tiens, par devoir de vérité et de responsabilité envers le peuple tchadien, à apporter les précisions suivantes.
 
Après avoir solennellement pris l’engagement devant la Nation d’exercer nos responsabilités dans l’équité, la justice, la transparence et le strict respect des lois de la République, nous nous sommes pleinement investis dans la prévention et la lutte contre la corruption, avec une ambition essentielle : préserver les ressources publiques et contribuer à redonner à nos concitoyens le sourire et l’espoir d’un avenir meilleur.
 
C’est dans cet esprit que l’AILC a diligenté plusieurs missions de contrôle et de vérification, notamment auprès de la Société des Hydrocarbures du Tchad (SHT), du Tchad Petroleum Company (TPC) et de la SONEMIC. Malheureusement, la mission conduite à la SHT a été marquée par des événements d’une exceptionnelle gravité, désormais connus de l’opinion publique.
 
Face à cette situation, nous avons saisi, par un rapport circonstancié le Président de la République afin de solliciter l’application de sanctions exemplaires à l’encontre des responsables de ces actes, que nous considérons comme une violation grave des lois de la République.
 
J’assure également au peuple souverain du Tchad que mon prétendu limogeage n’est nullement une surprise. En effet, j’avais moi-même demandé au Président de la République d’être déchargé de mes fonctions. Lorsque la noble mission de prévention et de lutte contre la corruption devient impossible, au point que des gangs armés s’immiscent dans les opérations de contrôle et de vérification, rester en fonction n’aurait plus de sens. 
 
Cette interruption intervient alors même que les investigations engagées à la SHT avaient mis en évidence, au regard des éléments et documents recueillis par nos équipes, des présumés détournements massifs dans la gestion et la commercialisation des ressources pétrolières. Les éléments en notre possession nous paraissent suffisamment sérieux pour justifier la poursuite et l’approfondissement de ces investigations.
 
À titre d’illustration, nos travaux ont notamment fait ressortir des écarts particulièrement significatifs entre les prix de vente du brut tchadien et les prix de référence de marché international applicables aux mêmes périodes concernées et nous en disposons des preuves irréfutables. Pour l’intérêt supérieur de la Nation, ces magouilles des ressources pétrolières ont été intégralement et minutieusement documentées, étayés par des éléments probants et pourraient être portées à la connaissance du peuple tchadien, le moment venu.
 
L’intervention des gangs armés à la SHT porte ainsi un coup d’arrêt aux investigations en cours et fait également peser de sérieuses incertitudes sur la poursuite de celles engagées au TPC et à la SONEMIC.                                                      
                                                                 
Par ailleurs, j’informe l’opinion publique nationale et internationale que depuis ces événements, je fais l’objet de graves menaces mettant directement en danger mon intégrité physique dont la famille et les proches sont témoins.                                                           
Au regard de ce qui précède, il est clairement établi que l’ordre d’arrestation de l’équipe de l’AILC émanait directement du Président de la République et un tel acte constitue une violation des lois de la République. Dès lors, il conviendrait d’en apprécier la portée jurid
ique et de déterminer, conformément aux dispositions constitutionnelles en vigueur, s’il est susceptible de relever de la haute trahison et, le cas échéant, d’entraîner la mise en œuvre de la procédure de destitution du Chef de l’État.
 
Dans un pays où nos concitoyens consentent chaque jour d’immenses sacrifices pour faire face aux précarités de la vie, une vérité fondamentale doit être réaffirmée avec force : les ressources pétrolières, minières et financières constituent un patrimoine national et appartiennent, avant tout, au peuple tchadien. Leur gestion doit être guidée exclusivement par l’intérêt général, le développement du pays et l’amélioration des conditions de vie de la population. Nul ne saurait donc, sous quelque prétexte que ce soit, soustraire ces richesses au contrôle des institutions légalement habilitées à garantir la transparence, la redevabilité et la préservation du patrimoine commun. 
 
Dans ces conditions, notre départ de l’AILC ne saurait effacer les faits constatés, les documents recueillis, les preuves établies ni les interrogations légitimes soulevées par ces investigations. Les régimes passent mais l’exigence de vérité, de transparence et de reddition des comptes demeure.
 
Au demeurant, un pays déjà meurtri par la restriction des libertés publiques et le musèlement de la démocratie, qui choisit de faire obstruction à une lutte véritable contre la corruption, compromet gravement son avenir. Car aucun peuple ne peut espérer bâtir un État juste et prospère lorsque l’impunité triomphe et que ceux qui combattent la corruption soient menacés de mort ou d’humiliation.
 
    Au regard de ces graves événements qui attestent que la mal gouvernance est entretenue et consolidée au plus haut sommet de l’Etat, j’en appelle au vaillant et souverain peuple tchadien à tirer toutes les leçons qui s’imposent et à prendre pleinement son destin en main. Patient et tolérant, le peuple tchadien n’est ni résigné ni lâche. Un peuple digne ne se contente pas de subir ou de se lamenter, il assume ses responsabilités et défend ses droits, sa dignité et son avenir. 
 
Notre engagement est total. Nous sommes prêts à consentir tous les sacrifices nécessaires pour que notre peuple, trop longtemps meurtri par l’injustice, l’arbitraire, la corruption et l’impunité, retrouve enfin sa dignité et sa souveraineté. Le Tchad n’appartient à aucun clan, à aucun système, à aucun intérêt particulier. C’est un patrimoine commun et tôt ou tard, le peuple aura le dernier mot.
 
Que Dieu protège le Tchad et son peuple.