La libération de Succès Masra et des autres responsables politiques pourrait ouvrir une période plus importante encore que celle de leur détention. C'est maintenant que le pouvoir doit démontrer que cette libération correspond réellement à une volonté d'apaisement.
Si les opposants peuvent reprendre leurs activités, rencontrer leurs militants, participer au débat national et préparer librement leurs prochaines échéances politiques, la grâce présidentielle pourra être interprétée comme le début d'une véritable décrispation. MS. Abdelsalam, analyste, chercheur.
Mais si leur liberté reste limitée par des interdictions, des restrictions administratives, des impossibilités de réunion ou une surveillance politique excessive, le geste risque d'être perçu comme insuffisant.
La confiance ne se décrète pas. Elle se construit par des actes. Le Tchad a besoin d'une nouvelle respiration politique. Ali O. Salamo membre de la société civile, défenseur des droits de l'Homme.
Le Tchad traverse une période où les défis sont considérables : sécurité, développement, pauvreté, emploi des jeunes, éducation, santé, cohésion sociale et relations avec les pays voisins. Dans un tel contexte, le pays a davantage besoin de dialogue que de confrontation. Il serait dangereux de considérer toute critique du pouvoir comme une menace contre l'État. Un État suffisamment solide doit pouvoir supporter la contradiction. Dr. Ahmat Yacoub, expert en gestion de Conflits, président du CEDPE.
Le véritable patriotisme ne consiste pas à applaudir systématiquement le pouvoir. Il consiste aussi à pouvoir lui dire qu'il se trompe lorsque cela est nécessaire. De la même manière, l'opposition doit comprendre que la contestation politique doit rester pacifique et républicaine. Le pouvoir a le droit d'exiger le respect de la loi ; mais la loi doit être appliquée de manière équitable à tous. Sarah H. Salmane. Analyste, chercheure associée au CEDPE
La grâce accordée aux leaders politiques pourrait bien représenter une opportunité historique? En d’autres termes, pourrait-elle se transformer en véritable geste de réconciliation?
Avec une ouverture d’esprit, elle pourrait avoir un réel impact politique, à condition d’être accompagnée d’autres mesures visant à garantir la liberté d’expression, permettre aux partis légalement constitués de mener leurs activités, faciliter les réunions politiques pacifiques et instaurer un dialogue entre le pouvoir et l’opposition. Dr. Ahmat Yacoub, expert en gestion de Conflits, président du CEDPE.
Selon certains responsables du parti au pouvoir MPS et certains alliés, comme le sénateur Abderamane Khoulamallah, pensent qu'il ne faut pas demander au pouvoir de renoncer à l'autorité.
Il ne s’agit pas de demander au pouvoir de renoncer à son autorité, et ce n’est pas ainsi qu’il faut voir les choses. Il faut comprendre que la paix n’a pas de prix. Je me souviens encore que, dans le cadre de la paix, la Médiature a permis le retour au pays, en dix ans, de 15 000 opposants, armés ou non. Je garde aussi en mémoire que c’est moi qui ai traité et accueilli, au pied de l’avion, l’opposant Abderamane Koulamallah à son arrivée à N’Djamena. Je lui ai également rendu visite en prison avec mon fils Djamil. Je sais également qu’en dehors du dossier officiel lié à son opposition, le président Idriss Déby s'est dit déçu, mais il l’a pardonné pour une autre affaire. Tout cela montre que la paix n’a pas de prix et qu’il faut faire preuve de clémence pour recréer les conditions du vivre-ensemble dans ce pays meurtri, qui peine à se lancer dans le développement à cause des manigances des hommes politiques. Dr. Ahmat Yacoub, expert en gestion de Conflits, président du CEDPE.
Le Tchad ne gagnerait rien à maintenir une opposition silencieuse par peur, pas plus qu'il ne gagnerait à voir l'opposition chercher à renverser les institutions par des moyens non démocratiques. Entre ces deux extrêmes, il existe une troisième voie : la compétition politique pacifique. MS. Abdelsalam, analyste, chercheur.
Le moment de choisir entre méfiance et confiance. La question qui se pose aujourd'hui au pouvoir tchadien est donc simple. La libération des opposants constitue-t-elle la fin d'une séquence répressive ou le début d'une véritable ouverture politique ?
La réponse ne dépendra pas uniquement des déclarations officielles. Elle se mesurera dans les actes. Pourront-ils reprendre leurs activités ? Pourront-ils rencontrer leurs militants ? Pourront-ils organiser des réunions ? Pourront-ils critiquer le gouvernement sans craindre de nouvelles poursuites ? Pourront-ils participer normalement à la vie politique nationale ? C'est à ces questions que l'avenir politique du Tchad devra répondre. Sarah H. Salmane. Analyste, chercheure associée au CEDPE.
La libération de Succès Masra et des autres responsables politiques est une bonne chose. Mais libérer les hommes sans libérer l'espace politique ne suffira pas à rétablir la confiance. Le Tchad a besoin d'une véritable respiration démocratique.
Il ne s'agit pas de savoir qui gagnera la prochaine bataille politique. Il s'agit de savoir si le pays peut enfin sortir de la logique où chaque adversaire politique est considéré comme une menace.
Un pays ne devient pas plus fort lorsqu'il réduit ses opposants au silence. Il devient plus fort lorsqu'il est suffisamment sûr de ses institutions pour permettre à toutes les voix pacifiques de s'exprimer.
C'est peut-être là que commence le véritable apaisement du Tchad.
Sous la direction de
Mme Agnès Jean
Représentante et coordinatrice adjoint
Sahel7 www.centrerecherche.com
Il ne s'agit pas de savoir qui gagnera la prochaine bataille politique. Il s'agit de savoir si le pays peut enfin sortir de la logique où chaque adversaire politique est considéré comme une menace.
Un pays ne devient pas plus fort lorsqu'il réduit ses opposants au silence. Il devient plus fort lorsqu'il est suffisamment sûr de ses institutions pour permettre à toutes les voix pacifiques de s'exprimer.
C'est peut-être là que commence le véritable apaisement du Tchad.
Sous la direction de
Mme Agnès Jean
Représentante et coordinatrice adjoint
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