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Pensée du Jour

Le pape François retirant/refusant sa main à un homme noir cherchant à lui baiser la main

Mercredi 30 Septembre 2026

L’esprit critique doit fonctionner dans les deux directions : ne pas croire aveuglément une vidéo parce qu’elle paraît authentique, mais ne pas non plus accuser l’intelligence artificielle chaque fois qu'une vidéo dérange ou provoque l'indignation.


Sarah H. Salmane,
analyste, chercheure associée au CEDPE.
Sahel7, www.centrerecherche.com


Une vidéo circule actuellement sur les réseaux sociaux montrant le pape François retirer sa main alors qu’un homme noir semble vouloir lui baiser la main. Certains internautes y voient immédiatement une manifestation de racisme, tandis que d’autres accusent l’intelligence artificielle d’avoir fabriqué ou manipulé la séquence.
Il faut pourtant distinguer deux choses : l’authenticité des images et l’interprétation que l’on en fait.
La vidéo est authentique. Elle ne constitue pas, en elle-même, une création de l’intelligence artificielle. La scène avait déjà attiré l’attention de la presse. Le geste du pape reflétait son refus, exprimé à plusieurs reprises, de certains signes de déférence, comme le baisemain.
Cette affaire révèle toutefois un phénomène plus préoccupant : nous avons tendance à attribuer à l’intelligence artificielle tout ce qui paraît choquant, inhabituel ou difficile à croire. Or l’IA n’a pas inventé le racisme, les discriminations ou les comportements controversés. Ces réalités existaient bien avant l’apparition de ChatGPT, des deepfakes et des générateurs d’images.
Il serait d’ailleurs paradoxal de vouloir expliquer chaque image dérangeante par l’IA alors que l’histoire récente et ancienne offre suffisamment d'exemples documentés de discriminations raciales, y compris dans certaines institutions religieuses, politiques et sociales. Cela ne signifie évidemment pas que toute attitude envers une personne noire constitue nécessairement un acte raciste. Il faut précisément éviter de transformer une image en preuve d’une intention que l’image ne permet pas d'établir.
La bonne méthode consiste donc à poser trois questions simples : la vidéo est-elle authentique ? Quel est son contexte ? Et que permet réellement d'établir la séquence ?
Dans le cas présent, la première réponse est oui : la vidéo est authentique. La deuxième conduit au contexte du baisemain et de la position connue du pape François sur ce type de geste. Quant à la troisième, elle invite à la prudence : la vidéo montre un geste, mais elle ne permet pas, à elle seule, de conclure à une motivation raciste.
Il faut donc se méfier de deux excès : voir de l’intelligence artificielle partout et voir du racisme partout. Dans les deux cas, on risque de remplacer la vérification des faits par une interprétation immédiate.
A l’ère des manipulations numériques, la meilleure défense contre la désinformation n’est pas de croire ou de ne pas croire systématiquement aux images. C’est de vérifier leur origine, leur date, leur contexte et les éléments qui permettent réellement d’en interpréter le sens.
L’esprit critique doit fonctionner dans les deux directions : ne pas croire aveuglément une vidéo parce qu’elle paraît authentique, mais ne pas non plus accuser l’intelligence artificielle chaque fois qu'une vidéo dérange ou provoque l'indignation.