Les ressources institutionnelles constituent la valeur ajoutée et additionnelle aux ressources humaines et naturelles.
En réalité, les problèmes ne proviennent pas d'un manque de ressources naturelles et humaines, mais d'un déficit de leadership et d'une carence de gouvernance.
Les nombreux conflits communautaires, la violence politique, le terrorisme, la pauvreté, la corruption auxquels les pays africains font face sont les conséquences de cette carence de gouvernance : États fragiles et vulnérables, repli identitaire et communautaire, violence idéologique, économie criminelle, etc.
C'est le leadership qui fait la qualité, surtout la qualité de la gouvernance.
En tous les cas, l'État failli et non fonctionnel ne reproduit que les avatars de son incapacité à répondre aux attentes des populations. D'où la rupture du contrat social et le désaveu de l'État. La perte de légitimité du leadership traduit l'accès au pouvoir politique par les armes et la dévolution du même pouvoir par les armes. L'escalier qu'on utilise pour arriver au sommet est le même qui ramène au point de départ.
Il y a quatre principes qui constituent une base pertinente pour accompagner les efforts de paix en Afrique. Ils associent la responsabilité des Africains, le respect du droit international, la recherche de solutions politiques et le développement à long terme.
Le leadership est fondamental : une solution durable doit être comprise, acceptée et portée par les sociétés concernées.
Une Afrique divisée, dont les pays négocient séparément avec des puissances disposant de moyens considérables, peine à faire entendre ses priorités et à équilibrer les rapports de force.
Il faut également éviter de confondre l'opinion internationale avec les seules positions des puissances les plus influentes. Les peuples africains et, plus largement, ceux du Sud Global font pleinement partie de la communauté internationale. Les droits de l'homme et la démocratie sont des aspirations légitimes des populations.
La recherche de la paix doit, par ailleurs, tenir compte de la nature des conflits. La protection des civils, la lutte contre le terrorisme, le dialogue lorsque celui-ci est possible et la justice doivent s'articuler.
Quoi qu'il en soit, le lien entre sécurité et développement est décisif. Il faut protéger les populations tout en leur donnant accès à l'éducation, aux soins, à l'eau, à l'énergie et à des activités productives. La paix durable exige à la fois des institutions légitimes, des perspectives économiques et des relations internationales fondées sur des règles équitables.
Ces principes peuvent aider les Africains à définir leurs priorités, à construire leurs propres compromis et à mieux coordonner leurs moyens. Cela suppose une coopération entre États, mais aussi la participation des collectivités, des femmes, des jeunes et des acteurs économiques. Il s'agit de participation à la prise de décisions, en amont.
Il faut surtout donner au leadership une base matérielle. Nos pays sont trop souvent enclavés les uns par rapport aux autres : certains n'ont pas d'accès à la mer, tandis que beaucoup restent insuffisamment reliés à leurs voisins. Les frontières, les infrastructures manquantes et les obstacles administratifs limitent les échanges et fragmentent les marchés.
Le chemin de fer, transport de masse, doit donc occuper une place importante dans notre réflexion sur la paix et l'intégration. Des réseaux bien conçus peuvent relier les bassins de production, les villes, les marchés régionaux et les ports. Ils peuvent réduire les coûts logistiques, soutenir la transformation locale et créer des intérêts économiques partagés entre pays voisins.
Il faut développer des corridors ferroviaires régionaux. Pour les pays enclavés, la réhabilitation et le développement des liaisons avec les pays voisins et les façades maritimes devraient être envisagés. Un corridor doit desservir les territoires qu'il traverse : relier les zones agricoles, soutenir les entreprises locales, faciliter la circulation des personnes et permettre la transformation des ressources. Sa gouvernance doit prévoir l'entretien, des conditions d'accès équitables et des mécanismes de règlement des différends.
Ainsi, les solutions africaines prennent une dimension très concrète : organiser ensemble les infrastructures, les règles et les activités économiques qui rendent la coopération bénéfique à tous et renforcent l'intérêt commun à préserver la paix.
Il serait particulièrement utile de relier les investissements ferroviaires à l'énergie, à l'agriculture et à l'industrie. L'objectif doit être de créer des économies africaines davantage intégrées, capables de transformer leurs ressources et de commercer entre elles.
Pour l'Afrique, l'enjeu est de disposer d'une véritable liberté de décision et de partenariats diversifiés. Une coopération réussie doit renforcer notre capacité à choisir, à négocier et à agir ensemble, tout en contribuant à des règles internationales qui protègent les faibles comme les puissants.
Le salut du continent ne viendra donc ni du chapelet de richesses du sol et du sous-sol, ni des ressources humaines célébrées du haut des toits, mais des ressources institutionnelles. Il suffit de regarder l'État et son fonctionnement. En Europe, en Asie, dans les Amériques, en Océanie, les nations qui se sont affranchies des vices et des maladies institutionnelles l'ont fait grâce à des institutions fonctionnelles, transparentes, comptables de leurs actes et redevables devant ceux qu'elles servent. Elles n'étaient pas plus riches que nous : elles étaient mieux gouvernées.
Là est le véritable capital. La qualité du leadership détermine celle de la gouvernance, et leur alliance constitue une valeur ajoutée, additionnelle à la somme des ressources humaines et naturelles. Sans elle, l'abondance se dilapide ; avec elle, la pénurie même devient fécondité.
Les peuples ne jugent pas les promesses : ils comptent les résultats.

