. Elle permet de réduire momentanément la tension et peut ouvrir un espace pour l’apaisement du climat politique. Mais il ne faudrait pas confondre grâce et réconciliation politique. La question fondamentale reste celle des conditions permettant une véritable décrispation durable de la vie politique tchadienne. L’enjeu est d’autant plus important que plusieurs figures majeures de l’opposition demeurent frappées d’inéligibilité. Cela crée une situation paradoxale, certains leaders sont libérés ou bénéficient d’une mesure de clémence, mais restent exclus du jeu électoral. Leur influence politique peut donc être maintenue dans la société sans qu’ils puissent nécessairement la traduire directement dans les urnes.
A mon avis, cette situation va profondément modifier la scène politique tchadienne. Elle risque d’abord d’affaiblir les partis traditionnels de l’opposition en les obligeant à se réorganiser autour de nouvelles figures. Mais elle peut également favoriser l’émergence d’une nouvelle génération de responsables politiques, moins marqués par les anciennes confrontations et davantage tournés vers les préoccupations concrètes de la population ( emploi, pouvoir d’achat, sécurité, justice, gouvernance et développement).
Il existe toutefois un risque si l’inéligibilité de plusieurs leaders est perçue comme une exclusion durable du jeu politique, elle pourrait nourrir la frustration et pousser une partie de l’opposition à considérer que les voies institutionnelles restent insuffisantes. Dans un pays qui a besoin de stabilité, il est donc essentiel que la compétition politique puisse se dérouler dans un cadre crédible, inclusif et transparent. La grâce présidentielle peut être le début d'une décrispation, mais elle ne peut pas à elle seule régler la question de la confiance entre le pouvoir et l’opposition. La véritable question est désormais de savoir si cette ouverture sera suivie d’autres mesures permettant de restaurer progressivement la confiance et de donner à tous les acteurs politiques des garanties suffisantes pour participer à la vie publique.
En définitive, le Tchad a moins besoin d’une opposition simplement autorisée à exister que d’une opposition capable de jouer pleinement son rôle institutionnel, et d’un pouvoir suffisamment sûr de sa légitimité pour accepter une véritable contradiction politique. C’est à cette condition que la grâce présidentielle pourra dépasser le simple geste politique et devenir un élément d’un processus plus large de réconciliation nationale.
(Réaction accordée à la demande de plusieurs agences et organes de presse)


