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Siège : N'Djamena, Tchad
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Sous la loupe

L’eau a-t-elle coulé sous le pont du Forum de l’eau de N'Djamena ?

Jeudi 16 Juillet 2026

Pour certains observateurs, cette conférence a pris l’allure d’un test grandeur nature visant à mesurer le niveau de considération dont bénéficie actuellement le régime militaire tchadien auprès de ses partenaires africains.


 
Organisée à N’Djamena avec faste et une importante campagne de communication, le Forum africain de l’eau devait constituer un moment fort de diplomatie pour les autorités tchadiennes. Présentée comme une rencontre stratégique destinée à réfléchir aux défis liés à la gestion des ressources hydriques en Afrique, elle avait également pour ambition de renforcer l’image du Tchad sur la scène internationale. Cependant, la faible mobilisation des chefs d’État africains a suscité de nombreuses interrogations et alimenté les débats au sein de l’opinion publique. Quatre chefs d'état seulement sur 54 ont effectué le déplacement. Il s'agit des présidents Romuald Wadagni du Bénin, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani de la République Islamique de Mauritanie, Brice Clotaire Oligui Nguema du Gabon, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo de la RDC et le président de l’Assemblée nationale du Togo, Komi Sélom Klassou, représentant le président du Conseil de la République togolaise. 
Pour certains observateurs, cette conférence a pris l’allure d’un test grandeur nature visant à mesurer le niveau de considération dont bénéficie actuellement le régime militaire tchadien auprès de ses partenaires africains. La participation limitée de dirigeants du continent a été perçue comme un signal politique dont la portée dépasse largement la seule question de l’eau. Dès lors, une question s’impose : pourquoi une telle absence des leaders africains à un rendez-vous présenté comme majeur ?
Les explications peuvent être multiples. Certains pointent du doigt les insuffisances de la diplomatie tchadienne et s’interrogent sur l’efficacité du ministère des Affaires étrangères dans la préparation et la mobilisation autour de l’événement. D’autres estiment que le problème est plus profond et trouve son origine dans les orientations politiques actuelles du pouvoir. Le tiraillement politique, le refus de débloquer le budget prévu aux affaires étrangères, les incertitudes institutionnelles et certaines décisions controversées pourraient avoir contribué à refroidir l’enthousiasme de plusieurs capitales africaines.
La comparaison avec l’ère d’Idriss Déby Itno revient régulièrement dans les discussions. En effet, malgré les nombreuses critiques adressées à son régime sur le plan intérieur, l’ancien président avait réussi à bâtir une solide réputation sur le plan diplomatique. Son influence dans les dossiers sécuritaires régionaux, sa présence active dans les sommets internationaux et son réseau de relations avec plusieurs dirigeants africains lui conféraient une stature particulière. Sous son règne, le Tchad apparaissait comme un acteur incontournable dans plusieurs crises du continent.
Aujourd’hui, le contexte est différent. Les nouvelles autorités doivent encore convaincre de leur vision et de leur capacité à maintenir le même niveau d’influence diplomatique. La faible participation à la Conférence de l’eau pourrait ainsi être interprétée comme le reflet d’un déficit de confiance ou d’une attente de clarification concernant l’avenir politique du pays.
Toutefois, réduire le bilan de cette rencontre au seul nombre de chefs d’État présents serait une erreur. Les enjeux liés à l’eau demeurent cruciaux pour le Tchad et pour l’ensemble de la région sahélienne. Les défis liés au changement climatique, à la désertification, à l’accès à l’eau potable et à la préservation du bassin du lac Tchad exigent des réponses concertées et durables. L’intérêt de la conférence doit donc également être évalué à l’aune des engagements pris, des partenariats noués et des solutions proposées.
En définitive, la Conférence de l’eau de N’Djamena soulève autant de questions diplomatiques que de préoccupations environnementales. Derrière le thème de l’eau se dessine un débat plus large sur la place du Tchad en Afrique, sur l’efficacité de sa diplomatie et sur la perception du régime militaire actuel par ses partenaires. Le temps dira si cet événement constituera un simple épisode politique ou le point de départ d’une nouvelle dynamique pour le pays.


Ramy Haroun
Analyste, chercheur associé au CEDPE
Sahel 7