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Pensée du Jour

Le Multilatéralisme : Une Nécessité, Non un Choix.

Jeudi 1 Octobre 2026

La Société des Nations a enfanté le système des Nations Unies. Une institution ne vaut que par le contexte dans lequel elle a été créée et la qualité de ceux qui l'animent.


 

Prof. Zako - Chadian Centre for Strategic Studies and Prospective Research - Think Global and Act Smarter_
 
Il est des événements historiques qui, par leur gravité même, dessinent des frontières entre les époques. Les deux conflits mondiaux du vingtième siècle en furent : ils laissèrent derrière eux non seulement des villes en ruines et des millions de disparus, mais aussi — et c'est là leur enseignement le plus durable — la conviction profonde qu'un ordre international ne peut reposer durablement sur la force seule. De cette conviction naquit, en 1945, l'Organisation des Nations Unies, non pas comme une utopie de plus, mais comme une réponse lucide à l'horreur : l'admission, enfin collective, que la sécurité de chacun est inséparable de la sécurité de tous.
 
Il importe, avant tout examen critique, de restituer à l'Organisation ce qui lui revient : elle a pansé les blessures des deux guerres mondiales et concouru, avec une constance remarquable, à la réconciliation des cœurs et des esprits. Les institutions qu'elle a engendrées — de l'UNESCO à l'UNICEF, de la FAO au PAM, de l'OMS au Haut-Commissariat pour les réfugiés — ont constitué l'infrastructure morale et humaine d'un monde en reconstruction. Lutter contre les pandémies, éradiquer la variole, faire reculer l'analphabétisme, protéger les enfants des conflits : voilà des prouesses que nulle puissance isolée n'aurait pu accomplir, et que l'on ne saurait dissimuler sous le prétexte d'autres échecs.
 
Or, force est de constater un paradoxe troublant. Nous vivons dans un monde qui se dit civilisé, où la technique a effacé les distances et où l'information circule à la vitesse de la lumière, mais où la barbarie n'a pas disparu — elle s'est simplement revêtue d'autres habits. Ce monde-là, plus cruel et plus brutal qu'on ne l'imagine, aurait précisément besoin d'un cadre multilatéral fort ; c'est alors qu'on l'entend le plus sévèrement jugé, voire contesté. D'où cette question légitime qui traverse la pensée contemporaine : pourquoi cette institution, salutaire hier, serait-elle devenue dispensable aujourd'hui, dans un monde plus fracturé que jamais ?
 
On objectera, peut-être, l'approche sélective et la paralysie de la Cour pénale internationale, les échecs des opérations de maintien de la paix qui s'éternisent, les blocages récurrents et les jeux de couloirs des diplomates du Conseil de sécurité. Ces critiques ne sont pas sans fondement, et il serait malhonnête de les écarter. Mais deux précisions s'imposent. D'abord, la paralysie de certains organes ne saurait être confondue avec l'inefficacité de l'ensemble : juger l'ONU exclusivement à l'aune de ses crises, c'est confondre la maladie du patient avec la valeur de la médecine. Ensuite, lorsqu'un instrument se grippe, la réponse consiste à le réformer, non à le briser. On ne démolit pas le toit parce que les gouttières fuient.
 
Avec le temps et l'usure, une organisation peut s'essouffler, d'où la nécessité de la réformer. Dans cet esprit, et pour la première fois dans l'histoire de l'ONU, une femme s'apprête à être élue à la tête de l'Organisation. L'heureuse élue prendra les rênes du Palais de Verre pour présider à sa destinée.
 
La fermeture des yeux et des oreilles devant les réussites accumulées de l'Organisation, au profit d'un catalogue d'échecs volontairement incomplet, relève moins du désaccord intellectuel que de l'ingratitude — et d'une malhonnêteté intellectuelle dont il faut oser user du terme. Car critiquer honnêtement suppose de peser les réussites et les échecs sur le même plateau de la balance. On critique pour proposer des pistes de solutions et non pour démolir, à un moment où l'humanité a plus que jamais besoin d'un espace commun de dialogue pour la paix. L'ONU est l'instance mondiale qui offre cet espace.
 
Le multilatéralisme incarné par les Nations Unies n'est pas un luxe diplomatique réservé aux grandes puissances : il est une nécessité, voire une condition de survie collective, particulièrement pour les États les plus vulnérables, dont les voix ne se font entendre que dans ces arènes communes. L'honnêteté intellectuelle commande de reconnaître ce que l'Organisation a réussi, la lucidité de nommer ce qui reste à réformer, et la constance de ne jamais confondre l'imperfection d'une institution avec l'inutilité de son idéal.
 
Car au fond, la vraie question n'est pas de savoir si l'ONU est parfaite — elle ne l'est pas — mais de savoir ce que deviendrait le monde sans elle. Et cette question, posée sans préjugé, porte sa propre réponse.
La paix n'est pas l'absence de conflit, mais la présence de capacités à le gérer ensemble.