Le président Donald Trump affirme que le dossier soudanais figure parmi ses priorités. Son conseiller spécial pour les affaires arabes et africaines, Mesad Boulos, insiste sur l’importance d’un dialogue « soudano-soudanais » et sur la nécessité d’aboutir à une transition vers un gouvernement civil indépendant. Mais derrière cette rhétorique, les contradictions s’accumulent.
Car ce conseiller est lui-même accusé de soutenir les Émirats arabes unis, parrains des Forces de soutien rapide (FSR), dont les exactions sont au cœur de la tragédie soudanaise. Comment prétendre incarner une médiation crédible lorsque l’on est soupçonné de proximité avec l’un des principaux bailleurs de la milice la plus contestée du pays ? Cet échec diplomatique fragilise la position américaine et nourrit la méfiance des acteurs soudanais.
Pendant ce temps, la réalité du terrain impose son propre rythme. L’armée soudanaise a enregistré des avancées notables au Kordofan et au Darfour, reprenant des localités stratégiques telles qu’Abou Gamra, Koulbous et Jebel Moura. La menace plane désormais sur El Geneina, capitale du Darfour occidental, dont la chute entraînerait des conséquences humanitaires et politiques considérables.
Face à cette dynamique, il ne suffit plus de répéter des slogans diplomatiques. La transition vers une gouvernance civile ne pourra se faire que si les médiateurs internationaux apparaissent impartiaux et s’attaquent aux causes profondes du conflit : la militarisation du pouvoir, l’impunité des FSR, et l’ingérence de parrains régionaux.
Le peuple soudanais aspire à une paix véritable et à une gouvernance civile. Mais cette aspiration ne peut être satisfaite par des initiatives entachées de soupçons de partialité.
"Si Washington veut réellement jouer un rôle, il lui faudra rompre avec les ambiguïtés, reconnaître les réalités militaires sur le terrain, et soutenir un processus qui place les civils soudanais au centre, plutôt que de les reléguer au rang de spectateurs d’un jeu de puissances", Madani Hussein, membre de la société civile.
Avec les nouvelles sur l’encerclement d’El-Obeid par les FSR et de le rapprochement de l'armée soudanaise de la ville stratégique d’Eljeneina, la peur de possibles violations des droits de l’Homme plane. Les souvenirs des atrocités commises à El-Fasher par les FSR et à Eljazeera par des milices alliées à l’armée soudanaise font redouter le pire.
Analyste, chercheure associée au CEDPE
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