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Libération de Succès Masra ( plusieurs réactions) AFP

Samedi 15 Août 2026

Succès Masra, ancien Premier ministre et chef du principal parti d'opposition au Tchad, ainsi que huit autres dirigeants de partis ont été graciés par le président Mahamat Idriss Déby vendredi par décret.
 
Le principal opposant au président tchadien, qui devrait être libéré dans la nuit ou demain selon son entourage, avait été condamné en août 2025 à 20 ans de prison pour incitation à la haine et "complicité de meurtre", dans un procès "politiquement motivé", selon l'ONG Human Rights Watch (HRW).
 
Les huit dirigeants de partis, tous membres de la plateforme de l'opposition (GCAP), Groupe de concertation des acteurs politiques, étaient condamnés depuis mai à huit ans de prison ferme, jugés coupables de fomenter une insurrection. 
 
Cette grâce présidentielle entraîne une "remise totale des peines privatives de liberté aux condamnés", indique le décret publié vendredi sur la page Facebook de la présidence tchadienne.
 
En vue de leur libération, les membres du GCAP ont du se désister de l'appel de leur jugement, à l'exception de Nassour Koursami, qui a refusé de signer la lettre de désistement, a fait savoir son entourage à l'AFP.
 
- "Recul démocratique" -
Avec une grâce plutôt qu'une amnistie, les opposants détenus retrouvent leur liberté mais la condamnation subsiste : ils conservent leur casier judiciaire, leurs peines civiles et pécuniaires et deviennent inéligibles.
 
Abdelnasser Ngarboa, le porte-parole du mouvement patriotique du Salut (MPS), le parti présidentiel, a salué une démarche "salutaire".
 
"Nous remercions le président de la République d'avoir bravé les obstacles et choisi d'avancer dans l'esprit de l'unité nationale qui est en train de naître. Nous espérons enfin nous asseoir autour d'une table pour faire avancer la paix", a réagi Ndolembai Sadé Njesada, vice-président du parti de Succès Masra, les Transformateurs. 
 
 Mais pour Hissein Abdoulaye, porte-parole du GCAP, "arrêter les leaders politiques arbitrairement, les traduire devant les tribunaux, les condamner avec des chefs d'accusation imaginaires et les gracier quelques mois plus tard tout en confisquant leurs droits civiques et politiques: c'est tout simplement abject et un recul démocratique très grave". 
 
Le Tchad, pays d'Afrique centrale qui compte près de 20 millions d'habitants, est dirigé depuis 2021 par M. Déby, qui avait pris la tête d'une transition militaire à la mort de son père Idriss Déby Itno, tué par des rebelles après 30 ans à la tête du pays.
Pour l'analyste politique Ahmat Yacoud Dabio, cette grâce présidentielle "crée une situation paradoxale : certains leaders sont libérés ou bénéficient d’une mesure de clémence, mais restent exclus du jeu électoral".
 
- "Décrispation" -
"La grâce présidentielle peut être le début d’une décrispation, mais elle ne peut pas à elle seule régler la question de la confiance entre le pouvoir et l’opposition", observe-t-il par ailleurs.
 
Pour M. Dabio, "le Tchad a moins besoin d’une opposition simplement autorisée à exister que d’une opposition capable de jouer pleinement son rôle institutionnel, et d’un pouvoir jugé suffisamment sûr de sa légitimité pour accepter une véritable contradiction politique".
 
Pour le chercheur Yamingue Bétinbaye, si la grâce n'était pas suivie d'une loi d'amnistie, elle risquerait d'être perçue "une fourberie de la part du pouvoir pour apaiser de façon ponctuelle le climat sociopolitique", condamnant les opposants libérés à l'inégibilité. 
 
Économiste de 42 ans et figure populaire de l'opposition, M. Masra avait été contraint à l'exil au Cameroun fin 2022, après une manifestation violemment réprimée lors de laquelle de nombreuses personnes avaient été tuées par les forces de l'ordre, sans qu'aucun bilan officiel ne soit jamais communiqué.
 
Il était rentré au Tchad un an plus tard en vertu d'un accord conclu avec le gouvernement tchadien à Kinshasa. Il avait été nommé Premier ministre peu après, cinq mois avant l'élection présidentielle de mai 2024 à l'issue de laquelle il était arrivé deuxième avec près de 20% des voix.
 
M. Déby avait recueilli environ 60% des suffrages, remportant une élection contestée et boudée par une bonne partie de l'opposition. 
 
En octobre 2025, une révision constitutionnelle adoptée avec une large majorité au Parlement a instauré un mandat présidentiel de sept ans renouvelable sans limite, "affaiblissant encore davantage les perspectives d'un changement démocratique significatif du gouvernement", avait estimé HRW.
 
AFP