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Ensemble contre les conflits et pour la paix

Sous la loupe

Tchad : la révélation de l’Autorité de lutte contre la corruption ne surprend personne

Lundi 24 Août 2026

Il faudrait être aveugle pour ne pas voir que le ver est dans le fruit et que la seule façon de protéger ce fruit est d’en retirer le ver. Malheureusement, c'est l'unique solution pour sauver le Tchad.



M. Ousmane Abderamane Djougourou, dirigeant de l’Autorité de lutte contre la corruption, vient de révéler ce que la majorité des Tchadiens, y compris les adolescents, savent déjà. Depuis avril 2021, le chef de la junte militaire au pouvoir gère le pays comme sa boutique privée.
 
Aucune institution de l’État ne semble percevoir normalement son budget annuel. Les fonds seraient versés au compte-gouttes, selon des mécanismes qui échappent à toute véritable transparence. Le budget national, lui, donne surtout l’impression d’être établi pour la consommation internationale, afin de convaincre les institutions financières et les partenaires étrangers que tout se passe au Tchad dans le respect des règles et de la transparence.
 
Face à ce système de pillage, tout responsable ayant exercé ou exerçant une fonction importante semble comprendre qu’il doit garder le silence ou quitter le navire. Il sait qu’il occupe ce poste grâce au chef de la junte militaire et que sa survie politique repose sur sa loyauté et son mutisme. La seule attitude attendue de lui est de louer en permanence le chef, de répéter que tout va bien et d’affirmer que le pays est bien géré. C’est d’ailleurs ce que certains font à la longueur de la journée. 
 
Pendant ce temps, le Tchad reste victime de détournements massifs de ressources publiques, dans un système où la responsabilité ne peut se limiter aux seuls petits exécutants. Lorsqu’un pays est confronté à une corruption généralisée et à des détournements à grande échelle, il est légitime de s’interroger sur le niveau de responsabilité des autorités situées au sommet de l’État.
 
La lutte contre la corruption ne peut pas se limiter à arrêter quelques fonctionnaires ou à organiser des campagnes médiatiques. Elle exige une véritable indépendance de la justice, des institutions de contrôle réellement autonomes, la transparence dans la gestion du budget national et, surtout, la possibilité d’enquêter sur tous les responsables, quel que soit leur rang.

Tant que le silence passera pour une preuve de loyauté et que la critique sera considérée comme une trahison, il sera difficile de combattre réellement la corruption et les détournements de fonds qui appauvrissent le pays. Au final, il faudrait être aveugle pour ne pas voir que le ver est dans le fruit et que la seule façon de protéger ce fruit est d’en retirer le ver. Malheureusement, c’est peut-être l’unique solution pour sauver le Tchad.

Nous avons tous constaté que, depuis son départ, les « vermicelles » viennent au secours du ver pour dénigrer Ousman Djougourou. Il n’est pas exclu non plus que le ver prépare un scénario visant à faire arrêter Ousman, à le juger et à le jeter en prison.

Pour ma part, je remercie le chef de la junte d’avoir démis Ousman Djougourou de ses fonctions, car cela lui permettra désormais de contribuer pleinement à retirer le ver du fruit.

Dr. Ahmat Yacoub Dabio
Expert en gestion de conflits
Président du CEDPE
yacoubahmat0@gmail.com